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Retrouvez mon univers littéraire et musical : mes humeurs, mes coups de gueule, des infos sur mes romans (Kristel, Martin). Et de temps en temps, une photo.


La vieillesse

Publié par Régis Pinguet sur 1 Décembre 2021, 17:57pm

Catégories : #Littérature

La vieillesse est un naufrage, dit-on. La ligne de flottaison du cargo s’enfonce dans l’eau glauque du port. Comme le chante Neil Young, la rouille ne dort jamais. Elle a attaqué le bastingage, la cabine de pilotage, la coque. Lentement, elle fait son travail de sape, affaiblissant le navire le plus solide. L’âge laisse des traces partout, indélébiles, irréparables. Un coup de peinture, un lifting, un maquillage, feront illusion un instant plus ou moins long. Mais en dessous, la déconfiture continue. Et on ne l’entend pas, les oreilles on beau s’allonger, l’ouïe diminue.

La vieillesse est un abandon. Celui de la jeunesse, de la recherche de la perfection, de l’insouciance. Cela commence par les rides et les cheveux blancs, au début faciles à camoufler. Elles et ils augmentent au point qu’un jour ou bien c’est le gros ravalement, ou bien on supporte, mieux, on assume. Il en va de même avec les petites douleurs, la tension qui fait des siennes, la souplesse qui s’effiloche. On ne court plus chez le kiné ou l’ostéopathe pour un oui ou un non. On accepte ce corps qui change lentement. Retrouver une photo d’il y a 30 ou 40 ans peut être un choc. Mais qui est cette jeune personne ? Un autre moi, un moi d’un temps qui n’est plus. Admettre que l’on est autre est, je crois, le début de la sagesse.  Il faut savoir regarder une carte IGN et se dire non, cette randonnée envisagée est bien trop longue, mais en coupant par là, c’est envisageable. Long, fatigant, mais faisable.

Parfois l’esprit nous joue des tours. Il reste bloqué à un âge, et évalue la situation à travers ce prisme. Nous regardons les autres avec cet âge du passé, mais eux nous voient tels que nous sommes aujourd’hui. Attention à la marche !

La vieillesse peut devenir une introduction à la contemplation. Le temps s’écoule autrement, loin des urgences du monde du travail, du stress permanent pour un dossier à rendre, un train à prendre, un rendez-vous à ne pas manquer. Perdre cinq minutes n’est plus un drame, mais une chance pour faire des découvertes. Cet oiseau dans le jardin, ce nuage à la forme étrange, ce chat qui nous regarde interrogatif. Cinq minutes à lui consacrer au lieu de l’ignorer, et c’est le bonheur d’une rencontre, d’une complicité, du sourire plein les yeux.

La vieillesse est exclue du monde du travail. Le lendemain de votre départ en retraite vos coordonnées disparaissent. « Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable » écrivait Romain Gary. Au bout d’un an, trois messages de vœux. Au bout de deux ans, rien, le monde du silence. Je m’en doutais, je m'y étais préparé.

La vieillesse offre une belle compensation, celle de voir nos enfants grandir, passer de bébés à jeunes adultes, devenir géniteurs à leur tour. L’art d’être grand-père ou grand-mère. Ils sont un phare dans la pénombre qui s’installe. On les voit avancer, vivre autrement, oser là où nous avons bloqué. Ils sont la relève. Mais quel monde leur laissons-nous ? Seront-ils moins égoïstes que nous ? Auront-ils seulement le choix ? Il reste tellement de questions sans réponse, avant que le rideau ne tombe. Cela devrait nous occuper encore un bon moment.

Vieillir, c’est être en vie. C’est avoir encore du temps devant soi, à consommer sans modération. C’est continuer de jeter des mots sur du papier, tant qu’il y a du papier.

Régis, 29/11/2021

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